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Re: Éthique ou pas?

De: Jacques Charest

Commentaires

Est-il " éthique " de montrer à ce client comment ne pas améliorer son état ?

J'aimerais d'abord préciser, qu'en elle-même, la dernière partie de la question (comment ne pas améliorer son état) ne pose aucun problème éthique. Au contraire. Si on EXCLUT le lien avec la CSST, apprendre au client comment ne pas améliorer et même aggraver son état constitue un puissant moyen pédagogique sur le chemins de la guérison. Pensons simplement à votre rencontre de la semaine dernière avec vos patients : chacun d'entre vous à bien expliquer et illustrer comment se blesser (et aggraver son état) en ne suivant pas les huit commandements à respecter pour soulever des charges lourdes. Autre exemple : à la onzième rencontre de votre École du dos et pour amener le lombalgique à se rendre compte du contrôle qu'il exerce désormais sur ses douleurs lombaires, vous demanderez à chacun d'entre eux d'expliquer comment recréer ses douleurs d'origine musculaire, facettaire, discale, déséquilibre lombaire et racine nerveuse.

Revenons maintenant à la question du départ en incluant cette fois-ci la CSST dans le décor : est-il " éthique " de montrer à ce client comment ne pas améliorer son état ?

Pour le praticien des maux de dos (et de la réadaptation en général), cette question m'apparaît à la fois incontournable et complexe.

INCONTOURNABLE. À l'École interactionnelle du dos, le praticien exerce son influence thérapeutique en ciblant soit les interactions entre lui-même et son client lombalgique, soit les interactions entre le client et son entourage. Dans le cas discuté ici, l'entourage inclut la CSST. Ignorer les démêlés actuelles du client avec la CSST obligera le praticien, tôt ou tard, à S'EXPLIQUER le comportement de son client lombalgique à partir de caractéristiques ou d'attributs monadiques, intrapsychiques, invérifiables (et toujours négatives) comme, par exemple, en utilisant les concepts de malade " mental ", de " bénéfices secondaires ", de maudit fraudeur, etc. En résumé, premier constat : la CSST fait partie du " problème " de la douleur chronique de ce client.

COMPLEXE. Par leur formation professionnelle propre, chacun des praticien " sait " que montrer au client à frauder (la CSST ou n'importe qui d'autre) n'est pas éthique. La complexité de la question posée se situe bien sûr à un autre niveau. Pour le praticien, la vraie question devient plutôt : " est-ce éthique de ne pas informer son client des critères et autres données utilisées par les évaluateurs chargés de déterminer " objectivement " le pourcentage de son invalidité ? " Ou encore, est-ce éthique de ne pas informer son client des conséquences des expertises et des contre-expertises médicales souvent contradictoires. Actuellement, le contexte des coupures exige de la CSST une application stricte de son mandat de compagnie d'assurance privilégiant l'acharnement diagnostique et la surveillance sans respect de l'intimité de l'accidenté considéré " fraudeur " jusqu'à preuve du contraire ! (Je vous remettrai un article sur ce sujet à notre prochaine rencontre.) Autrement dit, le mandat de la CSST consiste à payer le moins possible, alors que celui du praticien vise à aider son client dans sa démarche vers la guérison la plus complète possible. Deux mandats souvent irréconciliables. L'opposition entre ces deux mandats entraîne la plupart des questions " éthiques " comme celle soulevée dans l'exemple de mon collègue Chenard. Quelque soit l'acuité de la situation, le thérapeute n'a d'autre choix que de fournir à son client les informations requises pour prendre des décisions éclairées face à la CSST, à son médecin, à son retour au travail ou, de façon plus générale, à sa trajectoire de vie. J. Charest, Ph.D.